Il y a quelques jours un colis que j’avais commandé est arrivé dans un hypermarché qui fait point-relais dans ma banlieue. J’ai fait le chemin à pied en rêvant à mon paquet : un ensemble complet de draps tout neufs que je m’offrais enfin. J’étais bien sur la route, j’avais presque envie de danser. En arrivant au magasin (une grande chaîne française) je me rends à l’accueil pour demander le colis. Carte d’identité, numéro de commande. Je vois que l’homme derrière le comptoir prend du temps à retrouver les informations me concernant. Il traîne. J’aperçois également que mon colis est juste là, en face, sur une étagère, il y a mon nom dessus. Il finit par me trouver dans son registre, et il se met lentement à chercher mon colis. Je lui indique qu’il est juste là, mais il traîne encore. Je commence à me sentir mal à l’aise, le magasin est désert. Il attrape le colis, le pose sur le comptoir, laisse une main dessus. Tout est bon je devrais pouvoir partir maintenant mais il cherche encore quelque chose sur sa tablette. Il me regarde et me dit qu’il ne trouve pas le code-barre, je lui montre alors, il me dit que ce n’est pas le bon, que ça ne marche pas et puis finalement “ça fonctionne”. Je tends les mains pour prendre le paquet, il l’éloigne de moi et dit : – Célibataire ? Sur le moment je crois mal entendre, il répète “Célibataire, célibataire ?” Je lui demande en quoi cette information a un lien avec la situation, pas de réponse, il continue et finit par me dire qu’il a besoin de le savoir pour pouvoir me délivrer le paquet. Paquet que j’empoigne en baissant les yeux et en tournant les talons à toute allure. Après ça, je n’ai pas osé faire mes courses dans le supermarché, malgré les trente minutes de marche. Tous les aliments m’auraient semblé périmés de toute façon. Sur le chemin je me suis donc arrêtée dans un autre magasin pour acheter de la nourriture. J’entre sans problème avec mon paquet que j’ai mis dans un sac. Mais en sortant, un vigie placé aux caisses m’arrête : il a remarqué que j’avais un sac suspect. Il jette un oeil à mon ticket de caisse, fait mine de regarder au fond du sac qu’il tient maintenant contre lui et lance : – Mais vous n’avez rien pris d’autre ? – Non, non, je vous assure c’est un colis que je suis passée prendre pas loin d’ici, ai-je dit. – Même pas de quoi se faire un petit cocktail tous les deux ? Pour la deuxième fois de la journée, j’ai empoigné mon paquet et me suis enfuie en regardant mes chaussures, par peur de croiser un regard inoubliable.