Marie-Pierre

Je suis assistante commerciale et je déjeune avec un responsable commercial et un client. Ni l’un ni l’autre ne m’adresse la parole et ils discutent tranquillement ensemble. La discussion porte sur le mariage. Le responsable cherche une femme respectable pour se marier… et le client remercie dieu de ne pas avoir de fille !

Jeanne

Je marche toute seule le soir à Paris, été 2016. J’ai 16 ans, il fait déjà nuit et je sors du cinéma en jupe longue et en débardeur, sans soutien-gorge. En passant devant un arrêt de bus, un homme d’un cinquantaine d’années, passablement alcoolisé, souffle un “mignonne” lorsque je passe près de lui. Je n’ai pas peur, je suis juste très énervée : je me retourne et lui demande bien en face et assez fort : “Pardon ?!”. Je ne devais pas être la première à bénéficier de ses commentaires douteux, mais il semble surpris que je puisse réagir. Déjà moins assuré, il balbutie : “heu, j’ai dit mignonne”. Je lui réponds énergiquement “Non, vous ne dîtes pas mignonne non, ça ne se dit pas !” Le pire était qu’il n’était pas fondamentalement méchant, il ne comprenait pas ce qu’il venait de faire, et il m’a réellement demandé : “Pourquoi ?”. Pour lui, tout était normal.

Reverbere MCR

J’envoie un dossier détaillé de mon bureau en Grande Bretagne a un collègue Français nouveau dans la multinationale où je travaille, pour lui proposer plus de visibilité dans son nouveau poste. Non seulement il me demande de rajouter des trucs qui y sont déjà (il ne l’a évidemment pas lu) mais en plus il me recommande de demander conseil à un de mes collègues homme sur place. Qui n’y connaît rien et dépend de moi pour les mêmes informations.

Alex

Ca s’est passé en été. J’étais dans le bus pour rentrer chez moi. Un homme est monté dans le bus il avait l’air un peu dérangé. J’étais assise au fond dans la rangée des cinq places et durant le trajet je le voyais me fixer du regard. Ca me m’était vraiment mal à l’aise alors, chaque fois, j’ai détourné le regard. Quand la personne qui était assise à côté de moi est descendu, l’inconnu est venu se placer sur le siège du milieu. Je sentais son regard sur moi c’était horrible. Mais je suis restée à la même place. Je me souviens avoir regarder avec insistance les personnes devant moi, mais elles n’ont rien fait et je suis persuadée qu’elles avaient vu les regards qu’il me jetait. Puis il a commencé à regarder avec insistance mes jambes qui dépassait de ma jupe. Puis, il s’est placé juste à côté de moi. C’était tellement horrible. Je regardais toujours les personnes qui étaient devant et qui assistaient à la scène. J’étais sur le point de pleurer. Quand j’ai sentis qu’il était sur le point de me toucher, je me suis levée et je lui ai demandé de se décaler en haussant le ton en espérant que quelqu’un réagisse. Bien sûr personne n’a réagit. Pendant que je passais à côté de lui je l’ai senti fixé mes fesses. J’ai eu tellement peur que j’ai couru à l’avant du bus. Le conducteur avait du voir ce qu’il se passait car il a arrêté brusquement le bus pour me laisser sortir. J’avais peur qu’il me suive alors j’ai couru jusque chez moi où je suis arrivé en pleure. Mon frère m’a demandé ce qu’il s’était passé. Je lui répondu. Il m’a répondu que ce n’était pas grave car l’inconnu ne m’avait pas touché “de toutes les façons”. J’étais furieuse. Je savais que c’était grave. Pour le déjeuner je suis allé retrouvé ma tante. Elle m’a demandé “ça va?”. Comme réponse j’ai fondu en larmes. Je lui ai expliqué ce qu’il s’était passé. Elle a eu l’air désolé pour moi mais pas en colère. Elle m’a prit dans ses bras et m’a dit : “C’est parce qu’on est des femmes qui ça arrive. Et cela arrivera encore.” C’était devenu une norme pour elle. Moi, je découvrais ça. Je me sentais sale et en colère. En colère de ce que l’inconnu me faisait ressentir. Et en colère de la non-réaction des gens. Ils m’avaient fait penser que c’était de ma faute : parce que je suis une femme et que je portais une jupe ça m’était arrivé. Je tiens à préciser que j’avais 14 ans. Et que l’inconnu devait en avoir environ 30.

Delphine

Je discute avec un collègue d’un nouvel outil informatique que l’on met en place dans l’entreprise. C’est supposé unifier les pratiques entre les équipes, mais il faut savoir que les pratiques, usages et besoins actuels sont vraiment différents d’une équipe à l’autre. En blaguant je dis “Dis moi avec qui je dois me battre pour faire passer les besoins de mon équipe en 1er”. Le responsable me dit “Je ne frappe pas les femmes. Ni les femmes ni les enfants, je suis vieux jeu”. Je lui ai remarqué “Est-ce que ça n’est pas infantilisant de mettre les femmes et les enfants surle même niveau ? Je préfère être considée comme adulte, et me faire frapper.” Il n’a pas su quoi répondre, tandis qu’un autre homme présent à coté à hoché la tête, pensif et aquiessant.

Gabriel

Un e-mail qu’un de mes colègues a envoyé à toute la boîte ce matin : “Un petit dicton que je viens de découvrir, et que je trouve tellement vrai : Quand il y a une catastrophe, si on évacue les femmes et les enfants d’abord, c’est juste pour pouvoir réfléchir à une solution en silence.”

Hélène

Il y a 5 mois, je suis allé en Angleterre. Pour rentrer chez moi, j’y revenais en bus. Ainsi j’ai pris un bus, pour un trajet de plusieurs heures, de nuit. Le trajet était Londres-Paris. Etant en avance, et les places n’étant pas attribuées j’ai pu choisir ma place. Puis, un homme d’une quarantaine d’années est venu s’asseoir à côté de moi. En effet, il n’y avait plus des sièges côte à côte de disponible, ainsi il fallait qu’il se mette à côté de quelqu’un. Quand il s’est assi à côté de moi, la première chose que j’ai pensé: Oh non! Un homme, ok, faut pas que je lui parle trop sympathiquement sinon il va essayer de me draguer…. Puis toute suite après dans ma tête je me suis enguelée intérieurement: Non, c’est pas possible d’avoir peur de tous les hommes comme ça… Arrête un peu avec tes préjugés… Il ne veut pas forcément te draguer….. C’est vraiment trop stupide de s’empêcher de parler à quelqu’un pour cette raison.* Ainsi, cet homme était très bavard, on a bien parlé, on s’entendait bien…..! Et de toute façon on avait de nombreuses heures à tuer pour un trajet d’une telle durée! Déjà durant notre discussion, il me sortait des phrases qui ne me plaisaient pas trop: “Ah tu es une fille très intelligente” ( ça ne m’a pas trop plu dans le sens ou je me disais bien: ok il cherche juste à me draguer ) ou “est-ce que tu as un copain ?”. Là, à cette question, je me suis dis, ok c’est peut-être mieux que je mente, juste au cas où. Alors je suis lui ai répondu que “oui”. Mais comme il a demandé plus de détails et que j’ai beaucoup de mal à improviser mes mensonges j’ai rajouté que on était plus ensemble depuis tout récemment…. Autrement dire le mensonge qui ne servait plus à rien….. Puis comme s’était un trajet de nuit, est venue le moment d’essayer de dormir. Ce monsieur était grand, et semblé tout plié sur son siège… j’avais donc un peu pitié pour lui, car moi en comparaison, étant moins grande j’avais un espace bien plus grand de disponible. Ainsi, bon, sa main et son manteau dépassaient un peu sur mon siège, et je me disais, mais oui, mais le pauvre… il n’a pas beaucoup d’espace….. Puis sa main finalement est arrivée sur ma cuisse…… Et là je ne savais pas quoi faire… Je n’osais pas lui dire…. En fait je ne sais pas ce qu’il c’est passé dans ma tête à ce moment, mais j’étais persuadé que c’était légitime ce que lui il faisait, et que si je lui disais d’arrêter, ça allait juste le blesser….. Ainsi, je n’osais juste pas lui dire. Du coup, j’ai élaboré d’autres stratégies: j’essayais juste de croiser mes jambes de manière à ce que sa main glisse. Sauf qu’il a reposé sa main. Puis j’essayais de me coller le plus possible à la fenêtre du car…. Puis il collait ses chaussettes aux miennes ( comme c’était la nuit, la plupart des passagers du car s’étaient déchaussés pour dormir )…. Ainsi là, j’ai réussi à lui demander de décaler ses pieds car je n’avais pas de place. Puis il a aussi essayé à un moment de poser sa tête sur mon épaule, que pareil dans l’espace que j’avais, j’essayais d’éloigner le plus possible de lui. Et je n’arrive pas à comprendre pourquoi je n’ai pas réussir à réagir plus, car je m’étais déjà imaginée dans ce genre de situation,et je ne me serais jamais imaginée réagir d’une manière aussi passive!!…. Aussi, ce qui me pose question, c’est que ces gestes bien qu’ils ne soient pas violents au sens propre du terme, je les ai vécu d’une manière très violente. Et je culpabilise pas mal sur le fait de ne lui avoir rien dit car il aurait sûrement arrêté directement, cependant, je pense tout de même qu’il se rendait compte que ça ne me plaisait pas: après que sa main soit “tombée” une énième fois de ma cuisse, il la tout simplement rangée dans la poche de son manteau, poche qu’il a fait dépasser sur ma cuisse…… ( Et ça je ne m’en suis rendu compte que le lendemain matin, une fois arrivée à Paris ). Aussi dans le car, je n’osais pas demander à changer de place, car beaucoup dormaient déjà. J’avais peur de créer un scandale pour pas grand chose, de déranger tout le monde. Et je n’avais pas envie qui que ce soit me regarde comme “la fille qui vient de subir des attouchements” ou quelque chose dans le genre….. Puis finalement, après cette nuit passée sans pouvoir fermer un oeil, nous sommes enfin arriver à mon grand soulagement à Paris…. J’avais hâte hâte de m’imaginer enfin être trèèèès loin de ce monsieur. Ainsi, nous sommes tous descendu du car, j’ai récupéré ma valise et ce monsieur m’a dit: Je penserais à toi en juin pour les épreuves du bac. J’ai trouvé ça tellement hypocrite, ça m’a énervé. Je me demandais comment il pouvait me dire ça après lui nuit qu’il venait de se passer.! Mais je n’ai toujours pas osé réagir et je lui ai juste souri et suis partie en me disant que de toute manière je ne le reverrais plus jamais. Il était 9h du matin. Je devais attendre mon dernier car pour rentrer chez moi jusqu’à 15h. Ainsi, me sentant terrible mal, et sale, dégueulasse j’ai marché disons 10minutes et suis rentrée dans le premier macdo que j’ai vu. J’ai pris un petit quelque chose à manger et suis allée aux toilettes pour me changer. Quand je suis sortie des toilettes, j’étais juste dégoutée et choquée de le voir assis aussi à l’étage et de me proposer de venir manger à sa table……… J’ai compris qu’il m’avait suivi. J’ai heureusement réussi à lui répondre que non, j’avais besoin d’être seule… J’ai ainsi terminé de manger le plus vite possible, et je suis partie le plus vite possible me balader dans Paris ayant peur qu’il me suive. Et heureusement je ne l’ai jamais revue. *Par rapport à ce que je disais plus haut, désolée je veux vexer personne et je sais très bien que tout les hommes ne sont pas comme ça, sauf que quand des gars essaient très souvent d’avoir ton numéro de téléphone, te proposent très souvent d’aller boire un vers avec toi ou ce genre choses………. C’est très dur de commencer tout simplement à discuter avec un gars sans se dire: “si t’es trop sympa pas avec lui il va essayer de te draguer”………….. Mais voilà, ça m’énerve car à cause de ce genre de situation à répétition, tu peux pas réussir à parler à un gars sans avoir peur qu’il se mette à te draguer, ou te proposer de passer une soirée avec lui, ou d’aller boire un verre. Et c’est juste trop fatiguant. ET PAS NORMAL.

Yenamarre

Chaque fois qu’un DJ met une musique dansante et crie “allez Les filles !” Avant de rajouter “bougez vos fesses”.

Fiona

J’étudie à Brest, j’ai 17ans. Le soir du bal du lycée, on décidé avec des ami.e.s d’aller boire un verre dans un bar, à 5mn de l’endroit où on faisait la fête avant (elle a fini à minuit). Sur le trajet, que nous avons fait à pieds, une voiture nous klaxonne, deux fois, en ralentissant pour rester à notre hauteur. En colère, je me retourne (ils ont la fenêtre ouverte) et leur crie de fermer leur gueule avec leur klaxon, qu’on est pas des objets et qu’il a pas à nous manquer de respect comme ça. (On était huit filles et deux garçons, habillées en tenue de soirée alors forcément certains mecs ne se sentent plus et se pensent autorisés à être lourds parce qu’on s’habille sexy…). Grosse douche froide, mes propres potes me disent de laisser tomber, que ça sert à rien et qu’il est dangereux de provoquer des mecs comme ça. Bien sûr que je m’exposais à un certain risque mais si personne ne dis jamais rien, ces mecs se sentent légitimes dans leur comportement et tout-puissants. On continue de marcher jusqu’au bar. En arrivant, les mecs dehors nous fixent déjà, inconsciemment on se resserre. On entre dans le bar à la recherche d’une table. Un inconnu me saisis le bras, je me dégage. Un autre se retourne pour mater les fesses de mon amie, qui marche devant moi. Je lui lance “qu’est ce que tu regardes comme ça?”, avec un regard noir. On passe devant un groupe de mecs (dans ce bar on était les plus jeunes, les autres avaient environ 20-30ans) qui nous charrient à voix haute “oula elles ont au moins trente ans celles-là!” Comme si on ne les entendait pas. On n’est même pas encore assis.e.s que j’en peux déjà plus. On s’en va 30mn plus tard après avoir bu, en sortant je baisse les yeux et vois une main qui tente de me saisir le bras et j’ai juste le temps de me dégager. En allant chez mon amie chez qui je dormais avec deux autres filles (nous étions donc quatre filles seules dans la rue), on se sent obligées de rester proches les unes des autres, de changer de trottoir en passant devant les bars, et on reçoit quelques remarques du style “ça s’achète des talons mais ça ne peut même pas marcher avec!” (Après 5h en talons hauts, à marcher, danser non stop on les avait enlevés pour marcher pieds nus). En résumé: on parlait de nous en faisant comme si on n’existait pas, et en plus de ça on nous faisait sentir en danger dans l’espace public. À force de suivre des pages féministes sur les réseaux sociaux, je suis pourtant habituées aux temoignages en tous genres de femmes confrontées au sexisme, au harcèlement, aux violences et à l’oppression. Pourtant, j’étais choquée et attristée de le vivre dans une ville que je connais, dans laquelle je me sens plutôt en securité le jour (malgré plusieurs incidents à caractère sexistes dans la rue). J’ai été frappée d’être ramenée à la réalité de ce que c’est d’être une femme dans l’espace public autrement que par le biais de témoignages qui arrivent aux autres.

Fiona

Quand on parle de viol, on dit souvent que la personne “s’est fait violer”. Christiane Taubira a dit quelque chose que je trouve extrêmement éclairant sur cette expression : non, on ne se fait pas violer. On est violé.e. On se fait couper les cheveux, on se fait faire un tatouage, mais on ne se fait pas violer. L’utilisation du verbe pronominal “se faire” en dit long sur l’intériorisation de la culture du viol, en effet il implique une dimension volontaire de la part de la victime dans l’acte du viol, et même si une simple expression peut paraître anodine et sans conséquence, je suis d’avis que les mots forgent la pensée.