Jeanne

Je marche toute seule le soir à Paris, été 2016. J’ai 16 ans, il fait déjà nuit et je sors du cinéma en jupe longue et en débardeur, sans soutien-gorge. En passant devant un arrêt de bus, un homme d’un cinquantaine d’années, passablement alcoolisé, souffle un “mignonne” lorsque je passe près de lui. Je n’ai pas peur, je suis juste très énervée : je me retourne et lui demande bien en face et assez fort : “Pardon ?!”. Je ne devais pas être la première à bénéficier de ses commentaires douteux, mais il semble surpris que je puisse réagir. Déjà moins assuré, il balbutie : “heu, j’ai dit mignonne”. Je lui réponds énergiquement “Non, vous ne dîtes pas mignonne non, ça ne se dit pas !” Le pire était qu’il n’était pas fondamentalement méchant, il ne comprenait pas ce qu’il venait de faire, et il m’a réellement demandé : “Pourquoi ?”.
Pour lui, tout était normal.