Fiona

J’étudie à Brest, j’ai 17ans.
Le soir du bal du lycée, on décidé avec des ami.e.s d’aller boire un verre dans un bar, à 5mn de l’endroit où on faisait la fête avant (elle a fini à minuit). Sur le trajet, que nous avons fait à pieds, une voiture nous klaxonne, deux fois, en ralentissant pour rester à notre hauteur. En colère, je me retourne (ils ont la fenêtre ouverte) et leur crie de fermer leur gueule avec leur klaxon, qu’on est pas des objets et qu’il a pas à nous manquer de respect comme ça. (On était huit filles et deux garçons, habillées en tenue de soirée alors forcément certains mecs ne se sentent plus et se pensent autorisés à être lourds parce qu’on s’habille sexy…). Grosse douche froide, mes propres potes me disent de laisser tomber, que ça sert à rien et qu’il est dangereux de provoquer des mecs comme ça. Bien sûr que je m’exposais à un certain risque mais si personne ne dis jamais rien, ces mecs se sentent légitimes dans leur comportement et tout-puissants. On continue de marcher jusqu’au bar. En arrivant, les mecs dehors nous fixent déjà, inconsciemment on se resserre. On entre dans le bar à la recherche d’une table. Un inconnu me saisis le bras, je me dégage. Un autre se retourne pour mater les fesses de mon amie, qui marche devant moi. Je lui lance “qu’est ce que tu regardes comme ça?”, avec un regard noir. On passe devant un groupe de mecs (dans ce bar on était les plus jeunes, les autres avaient environ 20-30ans) qui nous charrient à voix haute “oula elles ont au moins trente ans celles-là!” Comme si on ne les entendait pas. On n’est même pas encore assis.e.s que j’en peux déjà plus. On s’en va 30mn plus tard après avoir bu, en sortant je baisse les yeux et vois une main qui tente de me saisir le bras et j’ai juste le temps de me dégager. En allant chez mon amie chez qui je dormais avec deux autres filles (nous étions donc quatre filles seules dans la rue), on se sent obligées de rester proches les unes des autres, de changer de trottoir en passant devant les bars, et on reçoit quelques remarques du style “ça s’achète des talons mais ça ne peut même pas marcher avec!” (Après 5h en talons hauts, à marcher, danser non stop on les avait enlevés pour marcher pieds nus). En résumé: on parlait de nous en faisant comme si on n’existait pas, et en plus de ça on nous faisait sentir en danger dans l’espace public. À force de suivre des pages féministes sur les réseaux sociaux, je suis pourtant habituées aux temoignages en tous genres de femmes confrontées au sexisme, au harcèlement, aux violences et à l’oppression. Pourtant, j’étais choquée et attristée de le vivre dans une ville que je connais, dans laquelle je me sens plutôt en securité le jour (malgré plusieurs incidents à caractère sexistes dans la rue). J’ai été frappée d’être ramenée à la réalité de ce que c’est d’être une femme dans l’espace public autrement que par le biais de témoignages qui arrivent aux autres.